FROST

Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère.

in La route, Cormac McCarthy,

 

D’une part, on a le récit. Un conte qui se déroule comme un voyage au cœur d’un temps post-cataclysmique, inspiré notamment par La route, roman culte de l’écrivain américain Cormac Mc Carthy. La terre y est encombrée de cendres, stérile. La vie gelée.

Et par ailleurs – autre espace, autre temps – deux femmes, confinée chacune dans une capsule de taille humaine. Venues vivre en terre sauvage une expérience de silence et de solitude, elles rencontreront l’extrême. Au cœur d’elles-mêmes et au gré des bouleversements, elles écrivent. Ça s’écrit même sous nos yeux. Et c’est là où Frost flirte avec la performance, puisque cette création fera intervenir deux auteures – Julie Gilbert et Antoinette Rychner – sur le plateau pour écrire des textes en direct, inédits, soir après soir.

Entre ces deux figures et un héros affrontant un environnement hostile va se jouer le pari d’un avenir, une issue à la fois tragique et porteuse d’espérance.

Création en 2015 / ABC Chaux de Fonds, Théâtre du pommier Neuchâtel, Théâtre 2.21 Lausanne

Julie Gilbert et Antoinette Rychner, écriture en live
Ludovic Chazaud, mise en scène
Stéphane Gattoni, scénographie, éclairage et vidéo
Cédric Simon, jeu
Thomas Flahaut, participation au développement de la co-écriture en live

plus d’info sur le site d’Antoinette Rychner

 

Formes d’écriture
On est en présence de deux strates de texte différentes :

– La production de texte live
À même les ordinateurs, entre deux auteures sur scène ; Antoinette Rychner et Julie Gilbert.
Tout d’abord, écriture de journaux de bord personnels, chacune pour soi. Mais aussi partage (via une connexion de type « chat » qu’elles ont par téléphone satellite) et « micro-événements-poèmes » : jeu esthétique, littéraire : sortes de Haïku.
Il existe un canevas, ainsi qu’un timing pour ces échanges, mais à l’intérieur de ça l’écriture est libre, donc les textes produits sont différents à chaque représentation.

– Le récit portant sur le voyage du « messager »
Ecriture à la troisième personne.
Contenant des descriptions d’un monde dévasté et se déployant comme un récit-poème, ce texte contribue à créer un monde, une perspective extérieure aux capsules, il assume donc une fonction de marqueur d’espace, mais aussi de temporalité.
Le héros de ce récit vit environ cinquante ans après l’époque des deux femmes en capsules. Ainsi il représente la possibilité d’une survie pour l’espèce humaine.
Il a été écrit en amont par Antoinette Rychner, il est donc fixe, et dit par le comédien.
Les deux strates de texte sont assemblées selon un montage prédéfini, l’architecture du spectacle est identique à chaque représentation (durée des plages d’écriture live et durée des plages de récit prédéterminées.)

– Formes scéniques
La scénographie met en place les deux capsules dans lesquelles écrivent les deux auteures / versus les deux personnages de la fonction, des amies parties au grand nord pour vivre une expérience de retraite, initialement prévue pour 3 mois.
La capsule de J. Gilbert est sur scène, celle d’A. Rychner est située hors scène.